Les marronniers d’Yves

« Les marronniers m’ont fascinés depuis ma plus tendre enfance. D’abord pour leur graines rondes et lisses, agréables au toucher (en contraste avec leurs enveloppes piquantes) que l’on allait ramasser en quantité dans les parcs.

marronnier ete

J’ai le souvenir d’un  printemps où, entassés dans un coin de l’abri de jardin de mes parents, ils avaient donné naissance à une mini-forêt de jeunes plants. Bien sûr, j’en ai mis quelques-uns en pleine terre mais après quelques années comme ils prenaient trop de place, mon père les a éliminés  sauf un seul qui a survécu jusqu’à ce que je m’intéresse aux  bonsaï. C’était en 1987. Il était, à cette époque, coupé à la base et était reparti en cépée de plusieurs troncs. Après avoir enlevé le pivot sans le sortir de terre, j’ai commencé à le travailler l’année suivante. Le prélèvement s’est fait trois ans plus tard, les racines avaient été retaillées la seconde année. Depuis, je continue à l’améliorer.

marronnier dosdetortue

Ce qui écarte le marronnier du monde du bonsaï est, vous vous en doutez bien, la grande difficulté à réduire les feuilles, habituellement immenses (40 à 50 cm environ).

Beaucoup d’amateurs s’y essayent car c’est un arbre volontaire mais seuls quelques uns s’accrochent et persistent.

Pour moi ce sont des souvenirs d’enfant qui ont fait naître cet intérêt, avant même d’avoir entendu parler de l’art du bonsaï.

Avec de la persévérance, il est possible d’arriver à un résultat satisfaisant sur des sujets de grande taille ou de taille moyenne.

Mais depuis quelques années, je me suis mis dans l’idée d’en faire de petite taille (shohin peut-être).

marronnier automne

en octobre 2011

shohin

en décembre 2013

Ce qui ressemble à un défi mais pourquoi pas. J’ai quelques petits sujets en travail qu’ils seraient amusants de réussir.

Quelques trucs pour nanifier le feuillage sur un arbre dont la structure est aboutie.

  • suppression d’une grande partie des bourgeons apicaux, tout au moins des plus gros en fin d’hiver avant le débourrement.
  • suppression des premières grandes feuilles (une fois développées) afin de faire éclore les deux bourgeons axilliaires.
  • Défoliation complète ou partielle sur sujets vigoureux et en bonne santé.

petit marronnier

Encore un petit sujet 🙂

Autre procédé à l’essai depuis deux ans sur sujets âgés :

Il se forme des petits plis  où se trouvent des bourgeons dormants. Ces bourgeons peuvent rester des années sans montrer une quelconque activité. Leur taille est d’environ 1 mm, voire même d’1/2 mm ce qui est extraordinaire pour cette espèce. Le but est de stimuler ces bourgeons.

bourgeons

détails des bourgeons

En taillant en fin d’hiver juste au-dessus des plis, on peut arriver à les réveiller mais parfois ce sont les bourgeons latéraux placés plus bas qui démarrent. Ceux-ci sont petits également (2 à 3 mm) mais donnent naissance à des feuilles moyennement petites.

Si c’est ce qui se passe, il faut les éborgner (enlever) pour forcer les plus petits à grossir. Mais je n’ai pas assez de recul dans cette méthode pour certifier des résultats. J’ai obtenu des feuilles issues de ces petits bourgeons (qui ont parfois trois folioles au lieu de cinq ou sept).

En automne, les marronniers sont magnifiques avec leurs teintes jaunes et orangées. Après quelques années d’observation il me semble qu’il font un plus bel automne si l’on évite le plein soleil e n juillet/août.

Mais, malheureusement, en ce qui concerne la floraison, il n’y  pas d’illusions à se faire. Les fleurs apparaissent sur les nouveaux rameaux du printemps issus des bourgeons apicaux que l’on retire. Donc on est pratiquement sûr qu’elles n’apparaîtront pas.

Il existe des marronniers à fleurs jaunes, saumon, rouges. La variété à fleurs jaunes (aesculus flava) donne des feuilles de tailles plus petites que les aesculus hippocastanum (marronnier commun).

Pour les semis, contrairement au marronnier commun qui germe très facilement, il m’a fallu trois années d’essais improductifs. En passant par la mise au frigo pour bien marqué le froid et avoir une meilleur réaction aux beaux jours.

Puis la quatrième année, alors que je n’y croyais pas vraiment, plusieurs graines ont germées dans des conditions banales : plantation dès ramassage sur un lit de terreau de feuilles posé sur 1/3 de sable, 1/3 terreau,1/3 akadama. Recouvrir ensuite les graines à moitié.

Finalement j’ai simplement reconstitué ce qui se passe dans la nature après la chute des feuilles.

Les marrons sont de petite taille : env. 2cm pour les plus gros, soit la moitié des communs.

Les bourgeons sont également différents : plus clairs, plus petits, écailleux, non brillants et non collants.

J’ai donc plusieurs plants de quelques années. Ce qui ne me donne pas assez de recul pour en dire plus pour le moment.

Une autre variété peut aussi intéresser les bonsaïka. Il s’agit d’aesculus laciniata dont les feuilles sont très découpées et de taille raisonnable), leur pousse est lente.

Je ne l’ai jamais rencontré dans la nature et il doit être rare en pépinière je crois.

Je n’en possède qu’un seul sujet que j’ai prélevé en bordure d’un parc  dans un amas de feuilles et de marrons germés et amoncelés par les jardiniers au printemps 1988.

Quelle ne fut pas ma surprise en voyant les feuilles très découpées. C’était le seul et unique parmi d’innombrables petits communs dans ce coin là. J’ai d’abord cru à une déformation due à un désherbant quelconque. Car un tour dans le parc ne m’a pas permis de trouver un arbre adulte identique.

C’est en cherchant dans les bouquins que je l’ai enfin trouvé : aesculus laciniata (laciné découpé en lanières d’après le larousse).

Il a donc 20 ans sûr.

Le marronnier à fleurs rouges (aesculus carnéa) fait de grandes feuilles comme le commun, voir même plus grandes.

D’autres espèces avec des feuilles de taille moyenne existent mais sont difficiles à trouver. Donc il faut beaucoup chercher si l’on en désire.

Le gros avantage des marronniers est leur facilité de marcottage (intéressant lorsque l’on veut refaire un nébari).

Par contre la cicatrisation des coupes de branches provoque de gros cals. Il faut donc bien creuser la coupe.

La rapidité à cicatriser me surprends toujours surtout sur une branche portant bien des feuilles.

marronnier hiver

Les marcottages aériens sont faciles à condition bien sûr de bien vérifier l’humidité du substrat au niveau de la marcotte.

En une saison les nouvelles racines se sont bien développées et l’on peut sevrer au printemps suivant.  Je pratique toujours de la même façon : une entaille en forme d’anneau dans l’écorce jusqu’au bois, l’entaille ne dépassant pas le diamètre du fil à ligaturer que je serre fortement.

J’ai opéré de cette façon pour corriger un double tronc qui démarrait un peu haut afin de faire naître un nouveau nébari juste au-dessous de la séparation des deux troncs.

Lorsque je l’ai sevré, je me suis donc retrouvé avec l’ancien nébari qui n’était pas vilain et un morceau de tronc de 5 cm au-dessus que j’ai supprimé à la base. Ce qui a fait naître beaucoup de rejets que j’ai mis en forme depuis cette année là (1994).

J’ai donc deux arbres au lieu d’un seul.

Le marronnier préfère les sols profonds puisqu’il développe des racines fortes.

Si le substrat est très drainant, méfiez-vous des jours chauds et venteux car avec son feuillage il demande beaucoup d’eau. Placé à mi-ombre en juillet/août, il n’en sera que plus beau en automne.

Au printemps, les pucerons affectionnent particulièrement les nouvelles feuilles à peine débourrées. A surveiller de près à cette époque là. Ensuite les pucerons se désintéressent des feuilles matures.

Les cochenilles sont à craindre aussi, surtout celles de couleur marron qui se confondent bien avec la couleur des troncs.

Je n’ai pas remarqué d’autres parasites.

Par contre, depuis quelques années, on observe dans la nature beaucoup de marronniers dont les feuilles se fanent avant l’heure et prennent donc une couleur rouille sans passer par le jaune-orangé de l’automne. Les spécialistes ne sont pas très explicites sur de phénomène (maladie ou parasite). Si quelqu’un avait des renseignements à ce sujet, je serais très heureux de les connaître.

Pour le substrat, je fais un mélange de 60 % akadama, 20 % terreau universel et 20 % pumice.

Ce qui permet aux arbres de ne pas sécher trop vite. L’akadama en surface me donne un repère visuel lorsqu’il change de couleur en séchant.

Je suis assez classique pour la nutrition : engrais liquide au printemps et alternance engrais liquide et solide de septembre à la chute des feuilles.

mame

Enfin, pour résumer, malgré les grosses difficultés de nanification des feuilles et d’obtention d’une ramification des branches, ce cher Marronnier (avec un grand M) m’apporte beaucoup de satisfaction car il est volontaire et plein de vigueur. Il émane de cette essence une force cachée qui, au printemps, prend toute sa mesure.

Yves

       murata

En France, le marronnier est un peu boudé par les amateurs pourtant on peut en voir la collection d’Isamu Murata

4 commentaires sur « Les marronniers d’Yves »

  1. Bonjour Yves,
    Trés bel article.Précis et même poétique!!!! Et quelle belle photo!!!J’ai pris des notes car je me suis lancée aussi dans un marronnier.
    Bises
    Françoise

  2. Bonjour Yves
    merci pour ce retour d expérience
    je me suis lance aussi dans les marronnier ,suite aux ateliers ou j ai vu tes arbres.

    merci de tes conseils
    Pascal

  3. Très bel article !
    Je possède également un marronnier d’une dizaine d’années que je prends beaucoup de plaisir à conduire en bonsaï. Quel ravissement en automne !
    Alain

    1. Yves présentera son travail lors du congres, ce sera l’occasion d ‘échanger avec sur cet arbre mal connu des bonsaïka.

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